Pour le Cese, la montée en puissance de “Mon espace santé” passera par la prise des rendez-vous médicaux
Rédigé le 31/03/2025
Pour garantir une voie vers un numérique en santé souverain, de confiance et inclusif, le Conseil économique, social et environnemental propose plusieurs préconisations afin de mettre en valeur la plateforme “Mon espace santé”. Un service encore trop méconnu auprès des Français, selon lui.
“78% des citoyens ont déjà eu recours à une plateforme numérique pour prendre leur rendez-vous médicaux” : c’est par ce chiffre que débute l’avis du Cese pour un numérique en santé souverain, de confiance et inclusif. Tout au long de cet avis, les rapporteurs Gérard Raymond (groupe Santé & citoyenneté) et Majid El Jarroudi (groupe Agir autrement pour l’innovation sociale et environnementale) n’ont de cesse de répéter à quel point le numérique est devenu central dans la vie médicale des Français. Pour autant, leur avis se teinte aussi d’un constat plus mitigé : celui du “contraste entre les ambitions réelles en données de santé de l’État, et les moyens insuffisants qui sont consacrés à l’exclusion numérique”.
500 000 utilisateurs par mois
“Les outils comme Mon espace santé créés par le législateur sont méconnus, tout autant que la façon dont les données sont récoltées et utilisées”, concède Majid El Jarroudi. Seuls 20% des usagers, soit 14 millions de personnes, ont activé leur compte, selon les chiffres rapportés par les membres du Conseil. Mais la tendance est en hausse, selon le rapporteur : ce sont ainsi 500 000 personnes par mois qui s’en serviraient. Pour homogénéiser les accès vers le numérique en santé, le Cese recommande de “faire de Mon espace santé la porte d’entrée unique, avec une information claire sur le cadre juridique des données de santé, et sur les projets de recherche menés sur la base de ces données”.
L’avis propose également la mise en place de nouvelles fonctionnalités, comme un système de prise de rendez-vous, pour “faciliter l’accès aux soins” , et assurer ainsi un service similaire à celui que propose aujourd’hui la plateforme numérique française Doctolib. Concrètement, l’avis du Cese pose l’ambition de faire de “Mon espace santé” la pierre angulaire du numérique en santé français, quand bien même tous les citoyens français ne l’ont pas encore activé – ni même découvert. Pour lutter contre cet état de fait, le Cese recommande d’organiser, dès la délivrance de la carte Vitale à 16 ans, un accompagnement pour ouvrir et gérer “Mon espace santé” , mais aussi, plus généralement, de renforcer la lutte contre l’exclusion numérique “en accompagnant les usagers dans les nouveaux outils”.
“Il ne serait pas éthique de nier l’aide que le numérique et les systèmes d’IA peuvent apporter dans la santé. Pour autant, l’opacité des algorithmes et de leurs biais ne peuvent que contribuer à la défiance”, rappelle Gérard Raymond. L’avis considère ainsi que l’introduction de ces nouvelles technologies dans le système de santé “n’a pas été assez anticipée”.
Un hébergement souverain des données
En outre, pour que ce système fonctionne, encore faut-il que ses fondations soient solides. Pour garantir la souveraineté française et européenne, l’avis indique qu’il est impératif de “garantir l’hébergement des données de santé sur un cloud souverain européen ou français, et y organiser la migration du Health Data Hub d’ici à la fin de l’année 2025”. De la même manière, les fonds européens doivent “accorder une place centrale au numérique et à l’IA en santé” pour “permettre l’émergence de champions continentaux”. Des recommandations qui résonnent avec la mise en action, le 25 mars, du règlement européen sur les données de santé, qui promeut un espace européen souverain pour la gestion et le partage des données de santé des citoyens européens.
Pour Caroline Guillot, directrice citoyenne au Health Data Hub entendue lors de la session du Cese, “les citoyens ont une vision holistique de la donnée de santé : il faut apprendre à ouvrir le débat par des moyens autres que sur la technicité des questions”. Ce qu’elle regrette notamment : le décalage d’un langage sur le numérique qui n’est pas parfois pas approprié et peut “faire peur” aux citoyens.
28 mars 2025
Victoria Beurnez
pour ACTEURS PUBLICS